Mathilde Charvat, une cadre de santé chevalier de la Légion d'honneur
Thème du challenge UPro-G de juillet: un dossier de la Légion d'honneur
Rappelons que cette distinction n'est pas seulement délivrée à des militaires, des politiques et des sportifs. Le critère principal pour son obtention est de justifier d'au moins 20 ans d'activités au service de l'intérêt général ou de la Nation avec des mérites éminents.
En bref :
Les dossiers de la Légion d'honneur et les dossiers individuels de carrière sont riches en informations. À travers l'exemple d'une assistante sociale du département du Rhône, découvrons comment ces archives permettent de reconstituer un parcours professionnel et d'enrichir une recherche de généalogie familiale.
Mathilde Charvat, assistante sociale du Rhône, a été décorée en 1958.
Orpheline de mère issue d'une fratrie soudée
Mathilde Joséphine Charvat est la dernière des six enfants d'Auguste Ferdinand Charvat (1855-1921) et Marie Eugénie Genthon (1863-1869).
Ses parents sont originaires de la Drôme, mais se marient en 1882 à Lyon où Auguste est gardien de la Paix. Un premier bébé, Auguste Joseph Louis, envoyé en nourrice dans le village d'origine, meurt à l'âge de deux mois. Suivent:
- Joseph Louis en 1885
- Marguerite Eugénie en 1886
- Auguste Alphonse en 1888. Il ne vit que quatre mois.
- Marie Louise en 1892
- Mathilde Joséphine, qui naît le 5 mars 1894 au 1 rue Sébastien-Gryphe, à la Guillotière, Lyon 3ème (actuel 7ème).
Marie Genthon meurt à seulement trente-trois ans. Mathilde se retrouve orpheline de mère à deux ans et demi. Qui a alors aidé Auguste? Il ne s'est pas remarié, il a pu trouver une domestique ou envoyer les plus jeunes auprès d'autres membres de la famille.
Mais en 1911, il réside 16 rue d'Essling à la Part-Dieu avec ses quatre enfants, alors âgés de vingt-six à dix-neuf ans.
Première Guerre mondiale
Lyon, ville de l'arrière, accueille les blessés pendant toute la durée du conflit. Mathilde est infirmière bénévole dans une ambulance militaire pendant trois ans, de 1914 à 1917.
La famille fait face à un nouveau deuil: Joseph, le fils unique, est tué au combat dans l'Aisne. Son père, ses trois sœurs et sa grand-mère maternelle font paraître un faire-part dans le Progrès de Lyon.
Une carrière dans la santé publique
Après la guerre, la famille se disperse.
Auguste, le père, meurt en 1921. Marguerite se trouve depuis 1918 au Maroc où elle a épousé Joachim Pierre Joseph Aninat. Gravement blessé pendant le conflit, Croix de guerre et chevalier de la Légion d'honneur, il est devenu inspecteur des établissements pénitenciers du Protectorat. Marie Louise est partie vivre à Nantes, elle est inspectrice des écoles maternelles.
Mathilde débute sa carrière d'assistante sociale puis de directrice des dispensaires de Lyon. La tuberculose est alors le principal fléau. La jeune femme est également très active lors de l'épidémie de typhoïde qui frappe la banlieue en 1928-1929.
En 1941, elle rejoint sa sœur et son beau-frère au Maroc. Marguerite meurt l'année suivante, elle était peut-être malade quand Mathilde vient vivre chez elle, Mathilde reste cinq ans à Casablanca, où elle est directrice de l'école d'infirmières.
À son retour en France elle dirige pendant quelques mois l'école d'infirmières de Saint-Étienne, puis postule à la direction de la Maison des Mères de Gerland, une structure qui accueille les mères célibataires et leurs nourrissons. Le Professeur Paul Courmont, qui a repris la tête de la lutte contre la tuberculose après le décès de son frère Jules, la recommande au maire de Lyon Édouard Herriot.
Mathilde ne garde ce poste que dix-huit mois puis est nommée au Service de santé scolaire et universitaire de l'Académie de Lyon. Elle exerce cette fonction quand, en 1958, le Ministère de l'Éducation soutient son dossier pour l'obtention de la Légion d'honneur. Elle cumule trente-cinq ans de service civil qui ont suivi ses trois années d'engagement militaire.
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Une famille décorée
Joseph Charvat, son frère, et Joseph Aninat, son beau-frère, sont tous deux faits Chevaliers de la légion d'honneur pendant la Première Guerre mondiale.
Marie Louise Charvat, sa sœur, est décorée le 24 mars 1949, après trente-et-un ans de services comme inspectrice des écoles maternelles pour la Loire-Inférieure et le Maine-et-Loire.
Mathilde, Marie et leur beau-frère Joseph Aninat, résident à Grigny dans le Rhône à la fin de leur vie. Marie meurt en 1963, Joseph en 1968 et Mathilde le 11 mai 1969.
Quelles archives ont été utilisées?
Célibataire et sans enfant, Mathilde aurait pu n'apparaître que dans ses actes de naissance et de décès, quelques recensements et coupures de presse.
Mais son dossier de la Légion d'honneur et son dossier individuel de carrière ont permis de reconstituer sa vie professionnelle.
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Sources: Archives municipales de Lyon (état civil, dossier individuel de carrière 524W/22); Archives nationales (cote 19800035/1009/16592); Archives départementales du Rhône; Retronews; Gallica


