Michel, envoyé à quinze ans dans la colonie pénitentiaire d'Aniane

Challenge UPro-G du mois : un registre d'écrou

Beaucoup de nos ancêtres et de leurs collatéraux ont été condamnés, le plus souvent pour des faits de vol, vagabondage, braconnage, plus rarement pour des crimes. Les faits sont souvent découverts lors de l'étude des registres matricules car les condamnations y sont inscrites. Il est alors très instructif d'aller consulter les jugements et les registres d'écrou lorsqu'ils ont été emprisonnés. 

En bref :

Lorsque nos ancêtres ont été condamnés et emprisonnés, leur registre d'écrou fournit des informations: description physique, parfois les vêtements portés, religion, durée de la détention. À travers l’exemple d’un mineur envoyé en colonie pénitentiaire, découvrons comment ces fiches peuvent aujourd’hui enrichir une recherche de généalogie familiale.

Une découverte fortuite

Dans le cas de Michel Larbouret, j'ai d'abord remarqué qu'il habitait lors de ses classes bien loin de sa ville natale. Né au Coteau dans la Loire, il résidait à Aniane dans l'Hérault, une ville connue pour sa colonie pénitentiaire pour mineurs. 
En parallèle, un généalogiste passionné, qui avait listé les enfants présents en ce lieu m'a confirmé ce fait. 

Enfant regardant par la fenêtre dans ambiance mélancolique

Une enfance cahotique

Michel Gilbert Eugène Larbouret est né le 14 juillet 1895 au Coteau dans la Loire. 

Son père Jean-Marie Larbouret, vingt-sept ans, est maçon et sa mère Antoinette Giraud, vingt-deux ans, tisseuse.   

Michel est l'aîné. Sa petite sœur Andrea ne vit que deux semaines. Il reste fils unique. Ses parents se séparent en septembre 1901, leur divorce est prononcé en janvier 1903. 

Bien que les torts soient réciproques, Michel, sept ans et demi, est confié à son père qui s'engage à le faire élever par sa propre mère. 

Paysage pittoresque montrant larrivée à Aniane

Arrivée à Aniane

Que s'est-il passé pendant le reste de son enfance? Nous n'avons aucune information. Mais le 21 mars 1911, la cour d'appel de Lyon le condamne pour complicité de vol et l'envoie dans la colonie pénitentiaire d'Aniane dans l'Hérault. Il devra y rester jusqu'à ses vingt-et-un ans. Il est âgé de quinze ans et huit mois.  

"Antécédents mauvais", "moralité douteuse", les mots ne sont pas tendres dans la partie antécédents de son registre d'écrou. Il a été à l'école puisqu'il sait lire, écrire et compter. Son père est mort l'année précédente et l'adresse de sa mère est inconnue. 

Portrait homme cheveux châtain yeux verdâtre cicatrices visibles

Michel a les cheveux châtain, les yeux "verdâtre" clair, la description physique est la plus précise possible, incluant diverses petites cicatrices. A-t-il été battu ? pris dans des bagarres? 

Paysage naturel dAniane trois années de découverte

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Trois années à Aniane

Michel tente de s'évader en avril 1913 mais il est repris le lendemain. Cet épisode semble être sa seule incartade.

Son suivi décrit un garçon qui acquiert des notions d'histoire et de géographie, montre "de l'intelligence et du goût pour le travail". Sa conduite est "devenue satisfaisante". Cela n'empêche pas une remarque désabusée sur sa sortie future. Se conduira-t-il honnêtement au dehors? Réponse "on l'espère". 

Aniane est une colonie industrielle qui forme a des métiers divers, Michel devient cordonnier. Il a gardé des relations avec sa grand-mère au Coteau.   

Personnage s'échappant de la colonie pénitentiaire urgent
Personnage s�chappant d�une colonie p��nitentiaire

Quitter la colonie pénitentiaire à tout prix

Derrière ces registres bien tenus et ces mots rassurants se cache un lieu d'une réputation effroyable, un véritable bagne d'enfants.

Alors quand la Première Guerre mondiale éclate, Michel, qui n'a que dix-neuf ans, fuit les deux années qui lui restent en s'engageant dans l'armée. Il rejoint le 86ème Régiment d'Infanterie. 

Il est blessé plusieurs fois pendant le conflit. On le croit déserteur en mars 1917 mais il revient et ne fait pas l'objet d'un conseil de guerre. Il reçoit la Croix de Guerre Étoile d'argent.  

Personne réfléchissant au retour à la vie civile difficile

Un difficile retour à la vie civile

Démobilisé, Michel revient à Roanne dans la Loire. Il se déplace ensuite dans l'Est, à Bar-le-Duc dans la Meuse, à Vitry-le-François dans la Marne. Il se marie en 1923, divorce deux ans plus tard, revient dans sa région natale et s'installe à Lentilly dans le Rhône. 

Les condamnations pour outrage à agents, violence, ivresse se succèdent. 

le 19 avril 1930, il est admis à l'Hotel-Dieu de Lyon et meurt le 26, à l'âge de trente-quatre ans, de tuberculose pulmonaire. Son corps est "remis à la faculté". 

Vous préférez apprendre à consulter les archives vous-même ?


Sources:
- Archives départementales de l'Hérault; cote 2 Y 820
- Archives départementales de la Loire; état civil; cote 47NUM_1R1682 
- Archives municipales de Lyon: Décès des Hospices Civils
- carte postale atelier cordonnerie vers 1930


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