L'apprentissage difficile d'Augustin, enfant de la Charité de Lyon
Challenge UPro-G du mois : un contrat d'apprentissage
Au XVIIIe siècle, les recteurs administrateurs de l'hôpital de la Charité de Lyon qui s'occupaient des orphelins et enfants trouvés tentaient de leur trouver un métier. Ils les plaçaient en apprentissage dans la ville. Voici l'histoire de l'un d'entre eux.
En bref :
Au cours du XVIIIe siècle, les administrateurs de la Charité, qui recueillent les orphelins et les enfants abandonnés, les placent en apprentissage pour les intégrer dans le monde du travail de la ville de Lyon. Ils signent des contrats d'apprentissage, principalement avec les soyeux et autres artisans du textile. À travers l’exemple de l'un de ces garçons, découvrons comment les parcours de ces enfants peuvent être reconstitués et aujourd’hui enrichir une recherche de généalogie familiale.
Augustin, exposé à la porte de l'Hôtel-Dieu
Augustin est né le 3 septembre 1707 et a été déposé à minuit devant la porte de l'Hôtel-Dieu. Il n'a qu'une layette usée: "deux pates pour drapeau, deux haillons pour lange,..., un béguin, un bonnet,..., le tout de nulle valeur".
Aucune marque ni billet. Il est dénommé Perricos, baptisé dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu et envoyé en nourrice dans les Monts du Lyonnais.
Qui sont ses parents nourissiers?
Jean Bouteille (1665-1745), laboureur marchand, et son épouse Jeanne Vachon (1667-1753) résident à Larajasse.
Mariés depuis vingt-et-un ans, ils ont sept enfants âgés de dix-neuf ans à onze mois, tous vivants, une performance à cette époque. Pierre, né en novembre 1706, sera le frère de lait d'Augustin. Une huitième enfant, Marie, naîtra en juillet 1709.
Le voyage dure un ou deux jours depuis Lyon. Beaucoup de nourrissons placés meurent en bas âge. Augustin survit. Combien de temps reste-t-il chez eux? Aucune archive ne le documente.
Retour à Lyon et transfert à la Charité
Vers l'âge de sept ans, les enfants trouvés à l'Hôtel-Dieu sont transférés à la Charité, l'hôpital voisin qui s'occupent de leur inculquer des rudiments de lecture et d'écriture et surtout de les intégrer dans le monde professionnel grâce à l'apprentissage.
Augustin est donc envoyé à la Charité en 1714 à l'âge de 7 ans et placé en apprentissage le 30 juillet 1724, à seize ans et neuf mois.
La soierie lyonnaise a besoin de beaucoup de bras, Augustin part chez un guimpier. Ses amis d'infortune vont chez des boutonniers, passementiers, ouvriers en soie. D'autres sont recrutés par des cordonniers ou imprimeurs.
Une succession de maîtres
Nous ne saurons pas si Augustin est rebelle ou si ses employeurs le maltraitent ou le négligent. Les recteurs, eux, lui font confiance puisqu'ils le replacent chaque fois que le contrat est rompu: chez un vinaigrier, puis un maître ouvrier en soie.
Mais en 1730, il doit continuer son apprentissage chez un autre soyeux car "n'ayant jamais travaillé sur le métier chez son premier maître". Ce sera son dernier contrat, signé le 14 janvier 1731. Augustin a déjà vingt-trois ans.
Le contrat est signé au bureau de l'hôpital, en présence de l'un des recteurs.
Sont présents les deux maîtres ouvriers en draps de soie. Le nouveau, Barthélémy Deschamps, dont la superbe signature s'étale en bas du contrat, recevra Augustin "pour parachever les cinq années pour lesquelles il a été obligé apprenti" avec maître Guillautiaud, le précédent.
La possibilité d'un compagnonnage de dix-huit mois à la fin du contrat est évoquée.
Augustin exercera un tout autre métier
Six ans plus tard, le 8 janvier 1737 à Saint-Denis-sur-Coise dans la Loire, Augustin Perricaud "fils naturel et légitime de la maison de la Charité de Lyon" épouse Constance Pupier.
Il est devenu "clostrier" (cloutier). Pourquoi ce changement ? Nous ne saurons rien sur sa reconversion d'ouvrier en soie à cloutier. Par contre, la paroisse est très proche de Larajasse où il a passé sa petite enfance. On peut imaginer qu'il avait conservé de bons souvenirs de la région, peut-être même garder des contacts avec ses "frères et sœurs" de la famille d'accueil.
Augustin et Constance auront au moins six enfants. Augustin Perricaud meurt le 12 octobre 1757 à l'âge de cinquante ans.
Sources
- Archives municipales de Lyon: enfants abandonnés (HD_G008; HD_G038; CH_G048)
- Archives départementales du Rhône: acte notarié (3 E 516); registres paroissiaux Larajasse
- Archives départementales de la Loire: registres paroissiaux Saint-Denis-sur-Coise


