Challenge Upro-G du mois : un prêtre ou une religieuse
En bref :
Dans certaines familles du Roannais, la vocation religieuse se transmet sur plusieurs générations. À travers l’exemple d'une branche de mes ancêtres, je retrace comment prêtres et religieuses apparaissent dans les registres, parfois de façon discrète, et comment le généalogiste peut les identifier malgré l’absence de mariage et de descendance directe.
Un couple de mes aïeux, Jean Gonin (~1647-1707) et Agathe Crozon (~1643-~1700) a eu plusieurs descendants prêtres et religieuses. Il faut dire qu'ils habitaient le hameau du Coin à Saint-Martin-la-Sauveté dans le Roannais, diocèse de Lyon.
Dans le château voisin était né François d'Aix de la Chaise (1624-1709) jésuite confesseur de Louis XIV, plus connu sous le nom de Père Lachaise. Sa vie a-t-elle influencé les villageois ?
La fratrie Gonin
Mon ancêtre Jean-Baptiste George (1806-1847) descend de deux des huit enfants du couple.
- François est à l'origine de sa branche paternelle
- sa jeune sœur Mathie est l'aïeule de sa branche maternelle.
- leur autre sœur Marie a un fils prêtre, le premier de la "dynastie". Les petits-enfants de Mathie et Marie, Jean Marie Forest et Marie Rochette, s'unissent.
Le jeune frère de Jean-Baptiste est prêtre. Sa petite-fille Marie Georges est mon arrière-grand-mère, institutrice "libre" dont j'ai déjà parlé et mère de deux religieuses (N comme Novice; L comme Le Cayrol). Mais nous allons surtout étudier les descendants de Marie.
À retenir
- Une “dynastie” de prêtres ne se lit pas en ligne directe.
- Ce sont les frères, sœurs, neveux et petits-neveux qui perpétuent la vocation religieuse.
Claude Coignard, le premier identifié
Il n'est pas toujours évident de trouver les prêtres de l'Ancien Régime. Non mariés et exerçant hors de leur paroisse de naissance, ils peuvent rester des lignes perdues dans nos généalogies.
En l'absence d'actes de mariage et de sépulture, on imagine ces fils "perdus de vue" morts en bas âge, partis à l'armée, ou mariés et installés dans une autre paroisse.
Mais les prêtres ont l'avantage d'être souvent sollicités pour être parrains et marraines, témoins des actes de leur famille.
C'est ainsi que Claude Coignard, sixième d'une fratrie de sept, apparaît dans l'acte de sépulture de sa mère en 1747. Il est devenu curé de Juré, il y réside jusqu'à sa mort en 1774, aidé dans son quotidien par un frère et une sœur célibataires.
Astuce de généalogiste
Les prêtres de l’Ancien Régime ne laissent pas de traces “classiques” (mariage, enfants). Pour les repérer :
- surveillez les actes où ils apparaissent comme témoins,
- repérez les signatures récurrentes,
- notez les mentions de “Messire”, “curé”, “prêtre” lors des sépultures et baptêmes familiaux.
Neveux et petits-neveux
- Pierre Forest (1733-1819) traverse la Révolution. Curé de Poncins, il rédige son dernier acte le 17 décembre 1792. Je n'ai pas trouvé s'il avait prêté serment mais il réapparait à Saint-Julien-d'Oddes où il est prêtre entre janvier 1807 et décembre 1818. Il meurt chez son neveu Claude Boullier, devenu maire de Souternon.
- Jean Boullier (1817-1873) petit-neveu du précédent est donc le fils du maire. Il cède sa part d'héritage à son frère contre une rente. Ordonné prêtre en 1844, il est vicaire de Valbenoite (Saint-Étienne) puis curé du Coteau.
- Antoine Truchard (1846-1915) crée l'école "libre" de Souternon et part en Amérique. J'ai écrit plusieurs articles le concernant (I comme Indianola; S comme Souternon). À noter que son lointain cousin, Jean Marie Forest (1838-1911) est évêque de San Antonio au Texas.
- Jean Marie Bouiller (1892-1914) ne sera pas ordonné prêtre. Étudiant ecclésiastique lorsque les religieux ne sont plus exemptés du service militaire, il est affecté au 38ème Régiment d'Infanterie quand la Première guerre mondiale éclate et meurt dans les premières semaines le 29 août 1914.
Envie d’aller plus loin ?
Si vous avez repéré, dans votre famille, un prêtre, une religieuse ou un “oncle disparu” des registres, il est possible qu’il ait laissé des traces ailleurs : actes notariés, archives diocésaines, signatures, ou mentions indirectes. Ce sont souvent ces recherches croisées qui permettent de débloquer une situation, je peux vous accompagner dans vos recherches généalogiques !
Méthodologie
Les archives concernant les membres du clergé sont assez fournies pour la période révolutionnaire et le XIXe siècle.
Il est plus compliqué de trouver ceux de l'Ancien régime, mais souvent certaines branches de famille, très pratiquantes, comprennent des religieux à chaque génération. L'étude des registres paroissiaux et surtout la recherche des parrains, marraines et des personnes présentes, le relevé des signatures sont d'une grande aide.
Sources: Archives départementales de la Loire; Gallica: prêtres du diocèse de Lyon; Histoire du Coteau, Abbé Prajoux.
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