Genealuxie
Généalogiste

Genealuxie, généalogiste à Lyon (69)

Départ pour Saint-Domingue


Challenge UPro-G du mois: un équipage de la flotte

Nous partons à Bordeaux et assistons aux préparatifs de l'Astrée

 

Janvier 1744, en cette brève période de paix avant la guerre de Sept Ans, le commerce avec les Antilles s'intensifie. Le port de Bordeaux est le point de départ de nombreuses expéditions. Les négociants envoient leur vins et eaux-de-vie et réceptionnent le sucre des îles au retour. 

 

L'Astrée va appareiller pour Saint-Domingue (partie occidentale d'Haïti) sous le commandement du capitaine Jean Dalbière. Les navires qui quittaient Bordeaux étaient de taille moyenne mais celui-ci est l'un des plus imposants avec 233 tonneaux et 10 canons.

 

Le propriétaire est François Lartigue (1705-1773) bourgeois et négociant de Bordeaux. Les papiers du bateau ne mentionnent que son nom, mais aucun doute en comparant sa signature lors de son mariage en 1735 et celle sur l'état de cargaison de l'Astrée

 

Le navire part avec quarante-et-un hommes à bord, trente-sept membres d'équipages, trois engagés et un passager. Qui sont-ils? 

Le capitaine, Jean Dalbière, se dit de Saint-Surin. Il s'agit probablement de la paroisse Saint-Seurin de Bordeaux. Il est déjà allé aux Antilles, on le trouve passager sur l'Ange Michael en 1722 et il déclare alors être âgé de quinze ans. En 1744, il aurait donc trente-sept ans, c'est tout à fait plausible. 

Ses officiers sont girondins: Blaye et Libourne sont des villages près de Bordeaux et Saint-Michel une paroisse de la ville. Le chirurgien est originaire de Saint-Clément en Anjou. Il s'agit vraisemblablement de Saint-Clément-des-Levées (actuel Maine-et-Loire), village de mariniers sur la Loire. 

Jean Dalbière passager pour les Antilles en 1722

 

Les officiers mariniers, qui comportent des officiers de pont, charpentiers, canonniers et un voilier, sont tous de la ville ou de villages proches. De même pour les officiers non mariniers, tonneliers et cuisinier. 

 

Quelques matelots arrivent d'un peu plus loin: Jean Maignan est originaire de Combes dans l'Hérault, Joseph Dady de Brest et Jean Bossay d'Angoulême. Le reste de l'équipage, les autres matelots, novices et mousses sont des locaux. 

 

Trois engagés vont embarquer. Ils ont passé un contrat devant notaire dans lequel ils déclarent qu'ils "se sont volontairement engagés", "le passage et nourriture leur sera fournis gratis pour aller aux îles françaises de l'Amérique où étant arrivés les sus nommés consentent que le dit sieur capitaine les puisse mettre en service avec telles personnes qu'il trouvera à les employer pour le temps de trois ans à conter du jour du dit engagement aux dites îles pendant lequel temps ils seront tenus de servir fidèlement leur maitre". (transcription)   

 

Mathieu Nogués, vingt-six ans, est perruquier natif de Tournay diocèse de Tarbes. Son acte de baptême, le 19 février 1717, est retrouvé facilement.   

 

Jean Roche, dix-neuf ans, est un tailleur d'habits né à Toulouse. Au moins deux possibilités trouvées dans les registres paroissiaux car nom et prénom sont très fréquents. Mais son baptême pourrait être celui du 26 mars 1727, s'il a un peu menti sur son âge pour embarquer. Je suis en faveur de cette piste car le père est maître tailleur d'habits. 

 

Jean Brunet, vingt-deux ans, est également tailleur d'habits, natif de Grenoble! Comment a-t-il pu, depuis ses montagnes, avoir l'idée de naviguer ? Là encore, nom et prénom sont fréquents mais on trouve dans les registres le baptême de Jean Baptiste Michel Brunet le 11 septembre 1721 et, surprise, le père est "fournisseur de la Marine". Une excellente piste. 

 

Le passager qui, lui, paie son voyage est Nicolas François, perruquier de Sainte-Menehould en Champagne. 

 

Le bateau a dans ses cales les victuailles pour les hommes et une cargaison de vin, farine, bœuf salé, eau-de-vie, beurre, lard ainsi que quatre fusils boucaniers. 

On ne connait rien de son voyage de 1744, mais on le retrouve quelques années plus tard au sein d'une grande expédition organisée entre Bordeaux et Québec en 1758. 

 

sources:

- Archives départementales de la Gironde (6 B 390/6 -janvier 1744, M : Bordeaux GG 833 - Paroisse Saint-Siméon)

- Archives départementales des Hautes-Pyrénées (1708 - 1734-447 E DEPOT 8-BMS)

- Archives départementales de Haute-Garonne (2 E IM 8143) 

- Archives départementales de Loire-Atlantique: carte extraite du petit atlas maritime Bellin, 1764

- Vue d'une partie du Port et de la ville de Bordeaux prise du côté des Salinières. Joseph Vernet- 1757 – Musée national de la Marine de Paris

- Bibliographie: Paul Butel, Les négociants bordelais, l'Europe et les îles au XVIIIe, 1974.  (Paul BUTEL 1974); Jean de Maupassant, Un grand armateur de Bordeaux, Abraham Gradis, Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 1913, collection Persée

 


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