C comme canicule

Au début du XVIIIe siècle, la mortalité infantile est effroyable.

Mes ancêtres Jean Goux et Marguerite Ébaudy, mariés en 1693, ont eu au moins neuf enfants. Aucune surprise donc de constater que quatre d’entre eux meurent jeunes.

Mais deux faits attirent mon attention. Trois sont morts en un mois. De plus, alors que la plupart des décès surviennent pendant la petite enfance, ils avaient dépassé les deux ans.

  • Jeanne Françoise, inhumée le 26 août 1719, était âgée de treize ans.
  • Barbara, enterrée le lendemain, avait huit ans.
  • Jean François, six ans, est mort le 25 septembre 1719.

 

L’étude du registre paroissial confirme l'excès de mortalité. Alors que le curé consigne entre 35 et 40 sépultures les autres années, en 1719 il rapporte 54 décès, dont 17 au mois d’août et septembre.

La première hypothèse est bien sûr l'épidémie. Les enfants seraient-ils morts de variole et rougeole, comme les descendants de Louis XIV quelques années plus tôt ?

Une autre cause est possible. Les canicules de 1718 et 1719 sont restées dans les mémoires comme des évènements climatiques majeurs. Elles auraient entrainé 700 000 morts (dont 450 000 en 1719). Aux mauvaises récoltes et à la chaleur, se sont associés des épisodes de dysenterie résultant de la baisse et de la contamination des cours d'eau. 

Le curé d’Amance n’en parle pas, mais des prêtres ont laissé des témoignages dans d’autres régions.

À Dennevy en Saône-et-Loire : « année de chaleur et de sécheresse extrêmes, et d’une durée extraordinaire en sorte que depuis le mois de mars jusqu’au mois d’octobre il n’a presque pas plu. »

 

À Cras sur Reyssouze dans l’Ain : « L’année 1719 a été une très fâcheuse année, la chaleur a été si excessive que tous les puits, les fontaines et même la rivière ont été desséchés dès le mois de juin jusqu’au mois de septembre, la chaleur a duré depuis le mois de mars jusqu’en septembre et pendant ce temps il n’a pas plu quinze jours en tout ».

Après les remarques sur les conséquences sur les récoltes, le bétail et la description de la luminosité, le curé note :  « il y a eu une maladie populaire qui était le flux de sang que l’on ne pouvait guérir par les remèdes, il y a eu peu de personnes qui n’en ait été atteintes et il en est beaucoup mort, dans le temps que j’écris ces annotations qui est le 22 janvier 1720 l’on avait enterré à Cras depuis le onzième août de 1719 quarante-deux grands corps et plus de 30 enfants et la maladie n’est pas encore cessée. »

 

Bien sûr, nous ne connaitrons pas la cause du décès des enfants Goux, mais ils ont été emportés comme tant d'autres pendant cet été calamiteux, probablement lors d’une épidémie en lien avec la canicule.

 

Sources : Archives départementales de Haute-Saône, de l’Ain (Cras-sur-Reyssouze, cote BMS 1718 – 1721 FRAD001_EC LOT32110), de Saône-et-Loire (Dennevy, BMS 1706-1723)

Abrégé d’histoire du climat, Emmanuel Le Roy Ladurie, 2007


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